Sainte Geneviève




















































 

Départ de M. Aublet

Gérard Aublet s’est vu remettre les palmes académiques le 9 février 2007 à l’occasion de son départ. Il est arrivé en 1961 en tant qu’élève et vient seulement de quitter Ginnette, après avoir été préfet des études durant 10 ans, pour aller s’occuper d’enfants Cambodgiens.

Voici les discours prononcés à cette occasion :



Remise de l’insigne de chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques à Monsieur Gérard AUBLET, premier Préfet des études. “Ginette”. Versailles, le 9 février 2007.

 Monsieur le Premier Préfet des études,

1961 : vous entrez à “Ginette”, 2007 : vous êtes à “Ginette” ! Le poète Rilke aurait-il tort lorsqu’il écrit :

“L’avenir est fixe, c’est nous qui nous déplaçons dans l’espace” ?

Non, bien au contraire car entre “Ginette 1” et “Ginette 2”, le marin, brillant et actif, que vous êtes, formé à l’Ecole Navale de Brest, a bourlingué de par le monde, sur mer et sur terre en fonction des commandements et de prestigieux postes en Etat Major. Méditerranée, Belgique, Djibouti, Yémen, Paris, Bruxelles, Newport, Martinique, Tahiti, Nouvelle Calédonie...

Chers Amis, ce navigateur s’avère en réalité un “Honnête Homme” du XXI siècle imprégné de sciences et de technologie mais aussi un sportif très complet, homme de cheval, éminent cavalier, golfeur et passionné de voile, tout en étant capable de se transformer en ingénieur pour manier truelle, rabot et autres outils. De plus, nous pouvons admirer dans l’homme de “la Royale” le musicien et le maître de chœur.

Le maître de chœur est également un “maître d’école” si bien évoqué par Herman Hesse dans son roman “Jeux de perles de verre” :

“Nous avons plus besoin de maîtres d’école que de tout le reste, d’hommes et de femmes qui inculquent à la jeunesse la capacité de mesurer et de juger, des maîtres qui soient des modèles dans le respect du vrai et dans l’obéissance à l’esprit ”...

Vos étudiants qui vous apprécient vous reconnaissent aisément dans cet éloge hautement justifié. Les générations d’élèves de l’Ecole Navale, de l’Ecole Supérieure de Guerre Navale et de “Ginette” ont eu une chance exceptionnelle de rencontrer un directeur de l’enseignement, un professeur d’état-major, un préfet des études tel que vous. “L‘Honnête Homme” recèle un authentique pédagogue aimant faire partager selon la consigne de Platon, le Bien, le Beau et la Raison pour servir son pays et les autres. Servir, la vertu cardinale du stoïcisme, la “Caritas”, le don de soi, ressort de votre vie et de votre action.

Marc Aurèle, empereur romain du 2ème siècle de notre ère, qui fut plus un philosophe stoïcien grec qu’empereur écrit : “ Il ne s’agit plus de discuter sur ce qu’est un homme de bien, il faut l’être.”

Chers Amis, ce soir, nous avons rencontré un “Honnête Homme...de Bien” !

Joël-René Dupont,
Inspecteur d’académie des Yvelines.


 Cher Gérard,

Dans ce concert de louanges, permettez à celle que vous avez accueillie il y a 7 ans, de choisir parmi vos nombreuses qualités celle qui l’a le plus frappée et qui a perduré tout au long de notre compagnonnage . Je veux parler de la loyauté.

Vous étiez installé dans vos fonctions de premier préfet des études depuis 3 ans lorsque je suis arrivée à Ginette.
Vous qui avez dirigé des équipages, vous le commandant seul maître à bord, vous qui aviez dirigé une école navale, vous , un ancien élève de Ginette qui portiez le poids de la tradition ......

vous deveniez le second d’un nouveau directeur,
qui n’était pas un jésuite,
qui n’était pas un ancien,
et qui n’était pas une homme.

On pouvait craindre que la situation de second auprès d’une femme ne vous parût pas des plus confortables.
Vous pouviez redouter , après trois années aux côtés du Père de la Salle que les choses prissent un cours plus capricieux. (Sur ce dernier point ce sera à vous de le dire ).
Pour moi, dés le début j’ai senti que votre alliance était entière et surtout allait de soi : le sens du devoir.

Comme si la question ne se posait même pas : le respect de la hiérarchie.

Permettez-moi d’évoquer quelques souvenirs plus concrets.

Le premier concerne mes tous premiers jours au milieu des élèves ; je veux parler des journées d’intégration. Je vous revois, vous le premier préfet, mais « primus inter pares », me guidant tout au long de la première semaine ;

  • Je me revois, vous suivant fidèlement à travers les méandres des salles de colles transformées en enfers ou en paradis, éberluée , les yeux écarquillés,
  • je me revois arpentant le parc sous votre houlette le soir du baptême, mon premier baptême.
  • je me revois, respectant pas à pas le rituel fondateur de toute une année et essayant de comprendre dans les actes ce qui en faisait quelque chose d’essentiel. Tellement essentiel qu’il nous faut encore aujourd’hui lutter pour en garder l’esprit à travers tous les avatars que l’histoire nous impose.
  • 7 années de compagnonnage sans dérapage , sans le moindre accroc à cet esprit de loyauté .

    Et si nous survolons, sans nous arrêter, les évènements les plus marquants ou les crises à oublier, on peut dire que fûtes le Gardien de la tradition, envers et contre tout .L’ Incarnation de l’esprit de service jusqu’au bout.

  • C’est vous qui aurez mis en route le plan « Parme » de lutte contre l’alcoolisme,
  • vous qui avez assumé jusqu’au petit jour, la nouvelle formule de « gala de Ginette »,
  • vous qui aurez suggéré les nouveaux plans des chambres de l’aile Nord du bâtiment Sainte Geneviève,
  • vous qui aurez jusqu’au bout tenu votre partie dans la difficile mission du passage de témoin de votre successeur.

  • Arrêtons nous quelques instants sur ce point

    Mission Difficile, parce que si le profil de poste de préfet est clair pour bien des tâches, il comporte des subtilités qu’il n’est pas aisé de comprendre sauf à les vivre ensemble.

    C’est ce que vous avez réussi à faire avec votre successeur Le Père Sylvain Cariou-Charton.

    Depuis le mois de novembre vous lui passez le témoin avec une efficacité redoutable.

    Certes vous avez affaire à quelqu’un qui comprend vite , mais la difficulté de cette mission c’est qu’il fallait lâcher les rennes en suivant une progression subtile. Le père Sylvain dont la précédente mission à l’ICAM l’avait déjà mis en contact avec des étudiants du même age, devait pourtant chausser d’autres lunettes,( si vous permettez cette métaphore ) en arrivant à Ginette. L’amener, sans l’étouffer, à rentrer dans la tradition, lui permettre de comprendre et déjà de tracer des plans d’avenir.

    Mission accomplie Gérard.

    Vous n’avez jamais aimé les longs discours et je n’ai qu’un regret c’est de n’avoir pas su émailler celui-là de métaphores maritimes ; de celles qui ont égaillé nos réunions de préfets !. (Mais on ne se refait pas ). eEes nous manqueront ainsi que vos invraisemblables croquis à l’emporte-pièce pour expliquer aux ignorants que nous étions, les difficultés d’un système , les complications d’un montage ou les astuces d’un changement programmé..

    D’autres, à des milliers de kilomètres vont bientôt en bénéficier. Ici vous aurez marqué de votre empreinte une Institution que vous aimez, constitué un maillon de plus dans la longue chaîne de cette fonction si essentielle.

    Celle de préfet des études.

    Soyez en remercié

    Isabel Jubin,
    Directrice du lycée Ste-Geneviève


    Tradition et modernité

    Ou : un grand ancien qui s’en va !

    1. Tradition familiale d’abord

      Ginette c’est d’abord une tradition familiale :

      • 1898-1900 mon grand père polytechnicien puis Général de division
      • 1928-1930 mon beau père Pierre de Prémorel reçu à St Cyr puis ayant bifurqué vers le civil très vite
      • 1961-1964 votre serviteur rentré ici le 18 septembre 1961 avec d’autres
      • 1988-1990 trois neveux et mon gendre tous Centralien
      • 1994-1996 Anne Sophie agrelle de son état qui travaille depuis plusieurs années dans le développement Madagascar puis le Bénin maintenant
      • 1997 retour à la maison mère car j’avais envie de revenir travailler avec les jeunes, leur donner ce que j’avais moi-même reçu pendant mes trois années ici, d’être à leur contact direct.
      • Et peut-être dans 10 ans l’aînée de mes petites filles présentera un dossier pour venir ici ...j’ai regardé, Alice a déjà un dossier prometteur...
    2. Tradition et continuité

      En 97 à mon arrivée je suis allé voir mon dossier dans les archives (j’irai le remettre à sa place la semaine prochaine ...) et surprise je me suis aperçu qu’ il y a 45 ans, nous avions les mêmes manières de procéder pour le recrutement des élèves qu’aujourd’hui !

      Etude du dossier par trois personnes : le Père De Place mon futur professeur de mathématiques « valeur scolaire moyenne, ensemble sympathique », le préfet des études le Père Enon « valeur scolaire moyenne, bonne vocation d’officier, bien au point de vue chrétien, suis favorable » et le Père Maucorps mon futur directeur « bien dans sa vie : s’en tirera »...et rien d’autre cela tenant sur un haut de page en 5 petites lignes !

      Une lettre personnelle ...que je ne vous lirai pas ...

      Et mes notes de St Jean de Passy où entre autre appréciations : moralité -« bonne », travail - « solide » et succès (c’est à dire résultats) - « suffisant ». J’aime bien le « suffisant »

      Continuité dans l’expression de notre projet éducatif qui vise vous le savez à la fois la réussite aux concours, l’épanouissement de tout la personne humaine, l’apprentissage des choix et l’épanouissement moral et spirituel ....pour être très court !

      (Lecture de l’allocution du Père de Boissieu recteur de l’Ecole le 7 octobre 1934)

    3. Modernité et excellence

      Dix ans presque aujourd’hui que je suis revenu rue de l’école des postes, et l’école que j’ai quittée en 64 est à la fois la même et différente ...et c’est heureux !

      La même car en 97 mon ex-piaule au bâtiment Ste Geneviève n’a toujours pas toujours d’eau chaude au lavabo, elle n’est arrivée que deux ans plus tard ; la même car la confiance et la responsabilité partagée (j’ai occupé pendant mes trois années à Ginette à peu près toutes les fonctions dans le bural) sont toujours deux piliers fondamentaux de la pédagogie ; la même parce que les élèves de temps en temps ont des moments ...disons de crise et les chahuts, vite contrôlés par la direction de la vie étudiante, existent toujours ...je ne raconterai pas ici mes frasques d’élèves mais des souvenirs remontent dans ma mémoire ..., la même car le sport a toujours une place importante

      L’école est différente car il y a des jeunes filles (cela nous avait beaucoup manqué autrefois ...à moins que je me trompe ...), l’instauration du Rock G, une demi heure le jeudi soir, est incontournable et pour beaucoup d’élèves (j’en ai eu des témoignages écrits) cela est un des moteurs de leur vie à la BJ, différente car de nouveaux bâtiments voient le jour, des travaux de rénovation commencent, il est envisagé d’avoir de l’eau chaude dans les douches même au 4ème Notre Dame en période de rush hours ...le luxe, différente sans doute par le nombre des professeurs et la qualité des élèves (autrefois je n’aurai jamais été pris ici quand je vois la valeur des dossiers, et cela aurait été très triste pour la République ...), excellence dans la qualité des résultats de nos élèves qui volent de succès en succès, 35 sur 37 reçus à l’INAPG cette année, 82 à l’X toutes séries confondues..., mais je rappelle toujours cette maxime que j’ai vue dans de nombreuses écuries en France « c’est le cheval qui court et le cavalier qui se vante », modernité dans les installations de l’école où les ordinateurs sont omniprésents et où l’apparition prochaine de la vidéo dans les salles de classe sera certainement un plus pédagogique.

      L’Ecole bouge et tant mieux !

    4. Ce que je garde de ce deuxième passage à Ginette.

      Beaucoup de choses bien sûr .

      D’abord tout ce que j’ai vécu au contact des élèves :
      les heures d’entretiens individuels ponctués parfois de crises de larmes, les grands moments de joie comme de tristesse parfois lors de l’annonce des résultats,

      les séances de sport et les match de volley professeurs contre l’équipe FNSU filles (le dernier remonte à 15 jours 1 set partout)...l’équipe garçon nous aurait fait très mal sauf une fois quand Irma et Yann professeurs d’EPS partis il y a deux ans étaient là, les jeudi après midi à encourager les équipes FNSU !

      les pélés de Chartres dans la boue, le froid, la neige et aussi parfois le soleil, et ses formidables veillées dans la chapelle emmitouflés dans des couvertures car au début il n’y avait pas de chauffage !

      les activités musicales en tous genres lors de certaines soirées où la guitare de Stéphane Bourgogne et mon banjo eurent une petite place notamment lors du concert d’Eric Manana célèbre musicien malgache, ou lors de certaines messes dans la chapelle et à Chartres

      les 20 dîners à la maison avec mes burals de 2ème année, merci à Claude de les avoir organisés toujours avec le sourire

      ensuite les grands moments vécu avec l’Institution :
      C’est d’abord l’ordination de Thierry Anne, grand moment de joie profonde qui a rassemblé toute la communauté de l’école ; le soir j’en avais animé la « gaudiosa » avec entre autre une mémorable prestation des élèves agro qui avaient formé avec moi un groupe de musique tahitienne avec guitare et ukulélé poubelles/contrebasse et petites cuillères dans des bouteilles vides et ....surtout 3 élèves tahitiennes, belles comme des cœurs, qui nous ont fait un « aparima » extraordinaire, le tout en tenue ...de tahitienne. ...c’était très beau !

      Un autre grand moment fut le 150ème anniversaire de l’Ecole qui nous demandé un gros travail à tous, mais le résultat dépassa nos espérances. Le Père général des Jésuites a présidé une messe devant près de 2000 personnes anciens élèves venus en famille retrouver les lieux de leur passage , pour certains , il y a très longtemps. Je mentionnerai aussi à cette occasion le concert des élèves actuels et anciens à l’église St Pierre St Paul.

      Les dizaines (centaines peut-être) réunions en tout genre : préfets avec le Directeur, conseil de direction et de réflexion, réunion de travail avec les équipes pédagogiques avec le personnel médical de l’Ecole, le week end à St Gildas de Rhuys avec le conseil d’administration, réunions qui ont permis de réfléchir ensemble, faire avancer les projets, discuter des grandes orientations à donner à la maison, débattre des « chiens écrasés » aussi et du quotidien où se mêlent 800 garçons et filles tous pensionnaires ... comme à la feu Samaritaine il se passe toujours quelque chose à la BJ !

      Enfin les rencontres quotidiennes avec les différents acteurs de l’école, les professeurs au café ou à midi, le personnel de service au réfectoire, les petits « bricolots » faits à l’atelier (je pense entre autre à la boite en bois que nous emmenons au salon de l’Adrep), les accompagnements d’urgence à l’hôpital Mignot (un scanner un soir à minuit aux urgences ....les urgences c’est quelque chose à cette heure là c’est Zola !), une panique la veille des résultats de l’examen final ou l’informatique s’était plantée et c’est entre 6h et 8h du matin le jour J que tout a été refait avec l’aide des secrétaires, Je ne peux tout dire mais tout est là dans ma mémoire.

    5. Continuer à naviguer sur l’avant

      33 ans dans la Marine et 19 déménagements, 10 ans à Ginette, le 20ème déménagement arrive dans quelques semaines, se profilent maintenant 2 ans au Cambodge avec Claude pour aller aider les plus pauvres des pauvres toujours dans l’enseignement : une autre vie se prépare, après ...on verra ! Ne pas regarder derrière, tout en gardant ses amis ...

      Demain nous partons en pèlerinage à Chartres, dimanche matin il y a une bonne partie de la matinée qui est une marche en silence ; nous avons tous au fond de notre cœur un vœux qui nous est cher pour cette année qui démarre (il n’est pas trop tard pour en formuler un), j’aurai tout le loisir de les présenter en vos noms propres à Notre Dame de Chartres au fur et à mesure que les flèches de la cathédrale se rapprocheront, comptez sur moi.

      Le dernier mot sera en Cambodgien :

      Roaknaï sralain neng tchoui

      Toujours aimer et servir

      Gérard Aublet

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