Sainte Geneviève









 

Discours de Madame Isabel Jubin

Un nouveau directeur à Ste Geneviève : Madame Isabel Jubin, Directeur de l’Ecole, s’adresse aux élèves et à la communauté éducative de Sainte Geneviève :

« Le problème ne consiste pas à savoir qui dirige le collège, que ce soit des jésuites ou des laïcs ; il s’agit de savoir si collège reflète les caractéristiques de l’éducation de la Cie de Jésus et s’il s’inscrit dans l’inspiration spirituelle et la tradition pédagogique de la compagnie. »

Père Kolvenbach

 Chers amis,

Nous n’avons pas de passé commun, pourtant j’ai eu le temps d’entendre certains d’entre vous, professeurs ou anciens, de relire vos déclarations, de discuter même avec plusieurs et de travailler déjà avec les aumôniers, les préfets et les directeurs de la vie étudiante que je remercie en tout premier lieu, de leur collaboration attentive et chaleureuse pendant ces jours de pré- rentrée. Je ne suis donc plus tout à fait innocente !

Comme l’a très bien dit l’un d’entre vous, lors du départ du Père de la Salle, » ce n’est ni la fin du monde, ni le début d’une ère nouvelle ». Il n’a pas abandonné le navire dans la difficulté, (c’est un beau geste d’humilité que de partir quand tout va bien), Ste Geneviève a une place éminente dans l’enseignement français.

En droite ligne sur ce sujet, mais dans d’autres circonstances, le président du bureau des professeurs a rappelé, cette phrase du Père Kolvenbach : « Le problème ne consiste pas à savoir qui dirige le collège, que ce soit des jésuites ou des laïcs ; il s’agit de savoir si collège reflète les caractéristiques de l’éducation de la Cie de Jésus et s’il s’inscrit dans l’inspiration spirituelle et la tradition pédagogique de la compagnie. »

Vous avez alors redit votre volonté de poursuivre un enseignement de qualité en restant attachés à une tradition de pédagogie Ignatienne.

Me voilà en possession d’un héritage sans testament.

Un héritage, parce que l’acquis et la tradition sont d’importance ; j’ai pris le temps d’en évaluer la richesse ; d’accepter sans réticence tous les termes de la charte éducative, à la fois le principe de subsidiarité, la co-responsabilité, son ouverture et son pluralisme, un espace de créativité reconnu à chacun.

Un héritage sans testament, parce que mes prédécesseurs comme moi- même savons qu’une tradition n’est fidèle à elle-même que lorsqu’elle invente et prend le risque de s’écarter des comportements acquis ; que pour réussir il ne suffit pas de reproduire ce qui a bien marché dans le passé.( De nombreuses expériences montrent que lorsqu’un groupe connaît une période de croissance continue, il finit par croire qu’un c’est un fait acquis) ; que la sagesse consiste sans doute à faire converger une tradition éprouvée avec le vouloir de la modernité.

Il n’y eut d’ailleurs, jamais, aux débuts de la compagnie, de crispation théorique contre la modernité, mais au contraire une curiosité saine à l’égard des nouveaux savoirs. C’est la pensée Ignatienne elle-même qui nous commande de renouveler la mise, d’avancer avec confiance car les périls que nous identifions aujourd’hui ne sont que des péripéties au regard de l’histoire. Alors je dis comme vous : pas de sclérose déguisée en fidélité aux traditions et j’ajoute, de peur que la tradition ne se métamorphose en administration.

Je dis « oui » à une partition en sourdine qui est, et reste fondatrice.

A partir de là, un sujet prioritaire me semble urgent à creuser : il comporte une double face,. l’urgente et indispensable ouverture à la dimension Européenne, et la place de Ste Geneviève dans les innovations à venir.

Je sais d’ expérience ,comme il est difficile, lorsqu’un établissement est au sommet de la vague, de s’y maintenir, encore et encore. L’attitude novatrice s’impose alors comme la plus raisonnable ; autant gérer le changement que le subir.

Oui mais voilà, je sais aussi que toute initiative n’est pas un commencement mais un dérangement et que penser, suppose qu’on emprunte des chemins qui n’ont jamais été foulés.

Or c’est avec un infini respect pour le travail accompli et les résultats obtenus que je viens à vous ; bien décidée à prendre le temps de regarder, d’apprendre à vous connaître, avec le désir de travailler sérieusement sans me prendre au sérieux.

Cela dit, vous, vous n’allez pas vous contenter d’un directeur potiche, d’un fantoche qui ne ferait que de la figuration, fût-t-elle intelligente.

Alors apportez vos propositions, vos suggestions, et ne me demandez pas de faire tout le travail, j’en suis bien incapable et je me réjouis de cette incapacité, parce que c’est une application du principe de subsidiarité : reconnaître à chaque échelon toute l’autonomie dont il a la capacité, autant de liberté possible, autant d’autorité que nécessaire.

Mais pas question de choisir entre des résultats élitistes et notre charte d’excellence. Nous pouvons faire les deux. ! Les résultats aux concours constituent un indicateur socialement reconnu dont nous ne pouvons nous passer. Tout le monde le sait : en deçà d’un certain seuil, il y a perte de crédibilité. Mais ce qui fait notre force, c’est la valeur ajoutée de notre expérience, de notre spécificité. Nous avons une compétence distinctive que nous sommes les seuls à bien réussir ; c’est la force de notre implication personnelle, de notre projet qui mériterait peut-être d’être mieux connu, dans des termes plus explicites.

Qu’est-ce qui, dans notre expérience et notre identité constitue notre spécificité ? Comment la traduire en termes lisibles ? Si le texte de la charte de Ginette inspire bien les structures de l’établissement et s’il est perçu comme un texte de référence, dans la pratique, l’établissement est soumis à des règles et à des habitudes qui sont loin d’apparaître toutes dans ce texte, qu’il conviendrait donc de les expliciter. car c’est un enjeu important dans le gouvernement de Ginette.

Pour moi, je m’imprègne lentement mais sûrement de ces lois non écrites qui sont à la base de l’esprit de la maison et je sens que l’équilibre entre l’enseignement et les activités non scolaires repose sur une subtile chronologie : un temps pour tout, ni plus ni moins. Un temps pour l’étude, pour le sport, pour la vie religieuse, la vie culturelle, la vie sociale.

Je suis d’accord pour dire que si la prépa réclame de nos élèves une mobilisation de tout l’être, celui-ci ne se réduit pas à son seul travail. Nos élèves viennent aussi à Ginette parce que c’est un internat et que leur vie relationnelle ne s’achève pas à la fin des cours. C’est alors qu’entrent plus spécifiquement en action le travail des préfets, celui des aumôniers, des directeurs de la vie étudiante, des surveillants.

Tous collaborent, à produire les résultats que vous lirez plus loin. Parce que, quand on cherche l’excellence dans un domaine, elle se diffuse dans tous les autres, selon une synergie permanente. Pensons aux bénéfices de confiance en eux-mêmes pour ceux qui acceptent la responsabilité de Z, du « rabbinage » ou de chargé de travail ou de chantier . Ils rejaillissent sur les élèves dans leur globalité. (Ils ont eu le temps de me le confirmer pendant les semaines que je viens de passer avec eux).

Dans ce dur métier d’élève où la logique scolaire laisserait une voie étroite au déroulement du travail psychique, et à l’épanouissement personnel, l’importance de la cohésion groupale, de la solidarité, de l’esprit « co » prend toute son importance toutes les enquêtes chez les anciens élèves des prépa le montrent :qu’ils réussissent ou qu’ils échouent, c’est de la prépa ( et du concours) qu’ils se souviennent, beaucoup plus que de la Grande Ecole. Il s’agit là d’une expérience primitive qui sera sans cesse ressassée. Il nous faut donc faire en sorte qu’elle soit la plus harmonieuse possible, qu’elle ne soit pas comme une parenthèse dans leur vie, ou une sorte de sursis au terme duquel il s’agirait d’intégrer sous peine de se désintégrer, mais une véritable construction, dans un combat où l’autre devient un allié, où la clef de voûte du succès soit d’allier la réussite scolaire avec un vrai plaisir du fonctionnement intellectuel, spirituel, et social.

Une de nos missions : former de brillants cerveaux, futurs responsables à la tête bien faite, mais aussi des adultes humains, capables de se remettre en question et d’écouter l’autre.

Isabel Jubin

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