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L’entourage : aide ou gêne pour le chercheur d’emploi ?

Conférence Job & Cie du samedi 11 mars 2000

Autour de vous un ami, un parent, une relation a perdu son emploi. Vous souhaitez l’aider, mais de nombreuses questions se posent à vous :

  • comment l’aider à ne pas s’isoler ?
  • faut-il lui parler de sa situation ?
  • comment l’encourager dans ses démarches ?
  • quel rôle pour le conjoint, les enfants, les frères et soeurs, les parents, les amis ?

Les intervenants de cette conférence-débat sont François d’Estais, conseiller conjugal et auteur du livre Le couple face au chômage (les Editions du Cerf, 1998), et Fanny Barbier, responsable de communication et auteur du livre La recherche d’emploi, une affaire de famille (Garon Bonvalot, 1999).

Intervention de François d’Estais

Entourer une personne en recherche d’emploi n’est certes pas facile. De son côté, le chercheur d’emploi vit souvent très mal les attitudes de ceux qui l’entourent, d’où beaucoup d’incompréhension : il trouve que ses amis ne lui parlent que de son chômage et qu’entre eux ils ne parlent que de leur travail. Il finit par être omnubilé par son problème d’emploi, par s’identifier à son problème et se vivre comme un problème incarné sur deux jambes.

Le chômage n’est pas une M.S.T.

Nous avons tendance jusque dans nos dîners en ville à définir les personnes par l’emploi qu’elles occupent, même dans le langage (le commercial ; l’informaticien ; Untel qui est médecin ; etc.), préférant souvent le « Que fais-tu ? » au « Qui es-tu ? ». Dans ce contexte, le chercheur d’emploi a l’impression d’avoir perdu sa place à tous les sens du terme. Le premier service que nous pouvons rendre à l’ami est de ne pas projeter nos propres angoisses du chômage, car nous en avons, et de ne pas le regarder comme un handicapé. Et le chômage n’est pas une M.S.T., une maladie socialement transmissible… Sachons reconnaître que le chômeur nous dérange à cause de notre propre peur du chômage et dépasser cela.

« Maintenant que tu as le temps, tu devrais repeindre ma cuisine »

Dans le couple, la situation n’est pas toujours facile à vivre non plus. Le conjoint de celui qui est au chômage peut avoir l’impression que l’autre se dévalorise et se plaint de n’avoir rien à faire. Une exhortation du genre « Maintenant que tu as le temps, tu devrais repeindre ma cuisine. » est rarement suivie d’effet… Car l’autre n’entend pas forcément la même chose (plutôt quelque chose comme : ton temps m’appartient) et risque fort de ne pas se sentir revalorisé. Cela peut tout changer de dire par exemple : « Tu me ferais très plaisir si tu voulais bien repeindre notre cuisine. » Il ne s’agit bien évidemment pas d’accabler le conjoint ou l’entourage, car la façon dont le chômeur parle de son chômage est importante aussi. En présence d’enfants notamment adolescents, le risque est grand de vouloir tout régenter à la maison, de reprendre en mains les activités domestiques de l’épouse, de confondre autoritarisme et autorité.

Quelques orientations pratiques de comportement

Face à ces comportements de l’entourage, voici quelques orientations qui ne sont ni des directives ni des prescriptions, tant les situations sont différentes et dépendent aussi bien du contexte que de ce que sont les personnes :

  • le demandeur d’emploi a avant tout besoin d’être écouté, entendu et de se sentir compris. C’est une écoute active qui est requise, permettant à l’autre de mieux identifier les lieux de sa souffrance, qui est en général vague, globale, non repérée. Ecoute hors de tout jugement et de toute directivité. Ecoute des manques qui surgissent avec la perte d’emploi, de ce sur quoi reposent les doutes sur lui-même, de ce qu’il imagine du regard des autres. La personne au chômage peut éventuellement avoir besoin aussi de parler de son licenciement pour faire le deuil de l’emploi précédent, ce qui est indispensable pour passer les entretiens d’embauche. Ne pas hésiter notamment à valoriser l’indemnité de licenciement, quelle qu’elle soit. Quand ce deuil commence à se faire, le faire parler de ce que lui a apporté cette entreprise, des compétences qu’il y a acquises. Ce chemin ne se fait pas en une heure.
  • être prodigue en écoute, mais être avare en conseils. Le demandeur d’emploi en reçoit de toutes parts : va donc voir Untel, tu devrais corriger ton CV, fais-le plutôt de façon anti-chronologique, mets une photo sans cravate. Essayons donc tout d’abord de préserver son espace de liberté. Aidons-le à connaître ses propres désirs au lieu de projeter les nôtres. Il peut y avoir beaucoup d’angoisse autour de lui et des incitations à prendre « n’importe quoi » pourvu qu’il travaille, ce qui peut conduire à un nouvel échec s’il s’agit uniquement du désir des autres. Face à ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent, les aider à découvrir leurs propres objectifs. Formuler les choses en termes de possibilités, non de conseils : plutôt que de dire : « Tu devrais rencontrer Untel. », s’habituer à dire : « Si tu le désires, je peux te donner les coordonnées d’Untel. » Il pourra ainsi prendre ce contact au moment où ce contact sera nécessaire, utile et s’intègrera correctement dans sa démarche de recherche.
  • dans les familles enfin, on peut observer des tentations de modifier le partage des tâches ménagères (il s’agit ici de l’homme au chômage). C’est certes une façon de se rendre utile, peut-être de se déculpabiliser, mais il y a risque de se détourner de sa réflexion, d’une certaine maturation dans la recherche d’emploi. L’intervention du conjoint est à exercer avec circonspection. Il est surtout important de manifester sa confiance, malgré ses propres angoisses.

Intervention de Fanny Barbier

Le partenaire invisible de la recherche d’emploi

Pour Fanny Barbier, l’entourage est avant tout une aide et non une gêne. Bien sûr, un licenciement est toujours un choc, pour celui qui est licencié mais aussi pour le conjoint. Même en ces temps de parité, l’équilibre n’est pas tellement respecté et la femme est souvent considérée comme la partenaire invisible de la carrière de son mari (week end passés à travailler, voyages d’affaires). Comment ce partenaire invisible peut-il/elle devenir le partenaire invisible - ou pas- de la recherche d’emploi ? Cela est possible à condition de quelques prises de conscience. François d’Estais a axé son intervention sur ce qu’on pouvait faire pour faciliter la vie du chercheur d’emploi ; en prenant le contre-pied, voyons ici les conditions pour que la vie de celui qui est à côté du chercheur d’emploi soit facilitée, condition pour qu’il puisse y avoir aide dans la recherche.

Le partenaire doit prendre en compte ses propres sentiments

La première condition est de prendre en compte ses propres sentiments car le conjoint n’est pas aussi entouré que le chercheur d’emploi. On compte au contraire sur lui, alors que les sentiments sont les mêmes : choc ; colère contre l’entreprise ; colère éventuellement contre le partenaire (pourquoi s’est-il fait licencié ?) ; colère enfin parce que la recherche se prolonge. Autres sentiments qui peuvent submerger le conjoint : la honte par procuration, l’embarras, la culpabilité par association (je n’ai pas vu venir le licenciement) ; l’encaissement sans cesse de hauts et de bas ; le sentiment d’impuissance (son projet me semble irréaliste) ; le stress ; la culpabilité (je n’ose pas parler de mon propre job, par peur de frustrer l’autre). Le conjoint doit donc trouver lui aussi un soutien pour exprimer ses sentiments. (Certains cabinets d’outplacement proposent par exemple de recevoir les conjoints). Cela doit relever d’une démarche volontaire. Etre conscient de tout cela rendra possible le fait de jouer un rôle à côté.

Et être un minimum au courant du déroulement de la recherche

Le pire pour l’entourage est de ne pas savoir où en est le chercheur. Fanny Barbier suggère que les deux passent un contrat ou renouvellent les termes d’un contrat passé un jour, parce que les deux sont engagés, parce qu’il y a éventuellement des décisions à prendre ensemble : déménagement, création d’entreprise, diminution de salaire pour un job qui plaît plus, modification du train de vie, etc. Le conjoint ne cherche certes pas à la place de l’autre, mais il est important qu’il soit au courant des phases : introspection, maturation, action.
A partir de ces deux conditions, je fais attention à mes sentiments et je sais où tu en es de ta recherche, le conjoint pourra apporter un soutien éclairé.

Témoignages

  • Témoignage sur une aide forte du conjoint :
    La première réaction fut : « Super, ce sera l’occasion d’une renaissance ! ». La personne qui témoigne confirme qu’elle était gênée du comportement de beaucoup de gens, qui donnent en effet beaucoup de conseils. La vie étant quand on est licencié déjà assez désagréable, ne pas avoir honte de se faire plaisir, de se rendre la vie agréable, de prendre du temps pour soi, pour ses enfants, de prendre des vacances. Renouveler le contrat avec le conjoint, notamment pour structurer le temps, éviter les dépannages de dernière minute (tiens ce soir, tu peux passer prendre les enfants ?). Par exemple, choisir des jours de la semaine qui seront consacrés à la recherche et en informer le conjoint.
  • Vis-à-vis des enfants, éviter de transmettre ses espoirs ou ses angoisses au jour le jour, mais les tenir informés de la situation : objectifs, résultats des pistes. Dédramatiser le chômage. La perte d’un emploi doit être considérée comme quelque chose de banal, qui leur arrivera peut-être. S’y préparer, développer ses compétences. On en retrouvera un autre !

Questions et réponses

Sophie Vanpoulle (ENSCP 85)

Les femmes au chômage : ce qui a été dit est-il valable pour les femmes (statut social) ?

Le chômage est une situation non choisie pour tous ceux et celles qui la traversent. L’identification à un statut social est aussi critiquable chez la femme que chez l’homme, mais elle est peut-être moindre chez la femme.

Comment éviter que l’agressivité nécessaire à la recherche ne se reporte sur le conjoint ?

Expliquer au conjoint que l’agressivité n’est pas tournée contre lui, mais peut-être contre l’ancien patron, les anciens collègues.

Pourquoi ne pas prendre « n’importe quel » travail ?

S’il y a une pression de l’entourage, la personne ne risque pas de trouver. Il faut qu’elle ait envie de faire telle ou telle expérience. C’est une question de décision personnelle et non la décision de quelqu’un qui ne supporte pas qu’on soit au chômage.

Problème de la place (au sens de l’espace) chez soi pour celui qui est en recherche ?

S’installer un bureau, au moins une étagère si le logement est petit. Appartient aux termes du contrat du couple.

Comment faire comprendre à la famille au sens large que le train de vie va momentanément changer ?

Que les parents voyant leurs enfants en difficulté décident de faire une donation ou de les aider financièrement, pourquoi pas. Mais ce ne doit pas être une occasion de remettre en cause l’indépendance du couple ou une occasion de prise de pouvoir. Réfléchir peut-être au prix de son indépendance.

Quel comportement avoir face à un jeune qui a du mal à trouver un travail, qui va de petit boulot en petit boulot, qui se replie sur lui-même ? Faut-il le pousser à se mettre au RMI ? Le mettre dehors ?

Il faut valoriser les boulots quels qu’ils soient et bannir une fois pour toutes l’expression « petit boulot » : pourquoi un stage ouvrier serait-il valorisé en école d’ingénieur et deviendrait-il ensuite un petit boulot ? Valoriser notamment ce que le jeune y apprend pour qu’il puisse en parler ultérieurement en entretien. Essayer aussi de trouver une structure qui puisse aider ce jeune dans sa recherche.

Qu’en est-il des chercheurs d’emploi qui n’ont pas d’entourage direct ?

Les aider, au sein des associations, à développer leur réseau même amical ou familial ; tout le monde a un entourage.