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Concert d’Anne Quéffelec

Le mardi 23 octobre, à la veille des vacances, le réfectoire s’est vidé très tôt. C’est qu’il fallait arriver en avance pour obtenir une place digne de ce nom en Grande Salle, pour le récital de piano donné par Anne Quéffelec. La petite femme vêtue de vert est née en 1948 à Paris. Elle a suivi les cours du Conservatoire où elle a gagné les premiers prix de musique de chambre et de piano et s’est perfectionnée ensuite auprès du Viennois Brendel. Aujourd’hui, c’est une artiste reconnue en Europe mais aussi au Japon, au Canada et aux Etats-Unis. Tous parmi nous ne la connaissent pas encore, mais un silence impatient s’installe lorsqu’elle s’assied devant le piano à queue d’un noir brillant monté pour l’occasion.

« Un programme de concert », commence-t-elle, « c’est un peu comme un menu de restaurant : il y a d’abord les hors-d’œuvre, les entrées, puis le plat de résistance et enfin les desserts. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est un menu dégustation : variations sur le thème de la musique impressionniste de la fin du XIXè, début du XXè. » Je regarde la feuille et je souris : c’est exactement ce à quoi je pensais. Un menu dont les plats auraient des titres de poèmes.

Avant de jouer, Anne Quéffelec nous présente compositeurs et morceaux : l’indolente Après-midi de dimanche (G. Dupont), le Glas aux accents fantastiques (F. Schmitt), ou le plus breton Chant des pêcheurs (Koechlin)… Elle s’attarde sur Satie (le Gnossienne, le Piccadilly, le Gymnopédie), dont elle nous raconte l’humour corrosif avec la même passion que si elle l’avait connu en personne. Elle poursuit avec Poulenc, Debussy, Hahn, Ferroud, et de Séverac. Sa présentation est réussie : nous en avons l’eau à la bouche.

Quand Anne commence à jouer. C’est une métamorphose : tout son univers semble être réduit au clavier devant elle. La musique de Satie est parfois un peu dérangeante, décousue, toute de silences et d’attaques. Puis les humeurs des morceaux se succèdent et nous bercent. Beaucoup d’entre nous ferment les yeux. Anne Quéffelec aussi. Après l’entracte, elle nous emmène sur du Ravel et du Debussy. Enfin, alors que le public enthousiaste réclame un bis, elle nous sert du Chopin, considérant le compositeur autant français que polonais. Quand la dernière note s’achève, cela nous parait le retour d’un long voyage.

Avant de nous quitter, notre invitée nous confie ses encouragements, tout en expliquant à quel point le travail – notre quotidien − est pour elle une valeur importante. On imagine aisément celui qu’elle a elle-même dû fournir pour arriver à ce qu’elle est aujourd’hui : une artiste que les orchestres les plus renommés de France, d’Angleterre, du Japon sollicitent… Le souvenir qu’elle nous laisse est celui d’une pianiste virtuose – mais surtout d’une femme passionnée.